Cet article présente ma vision du concept d’hygiène numérique et j’espère qu’il vous aidera à comprendre ce dont il s’agit. Vous avez le droit d'être en désaccord avec la définition que je m’en fait, et je serais ravi d’en discuter avec vous si tel est le cas 😉

On va repartir du début : l’hygiène. Au sens primordial du terme, il s’agit d’un ensemble de mesures destinées à prévenir les infections et l’apparition de maladies infectieuses. On pourrait donc ramener cela à une palette de mesures d’entretien et de protection.

Il y a différents types d’hygiène et ils ont tous cela en commun. Par exemple, l’hygiène mentale est un ensemble de mesures d’entretien et de protection de notre santé mentale, c’est-à-dire notre bien-être psychique, émotionnel et cognitif. Le but étant d'éviter tout troubles mentaux.

Quelques exemples d’actes d’hygiène variés :

  • la méditation ou le yoga aident certaines personnes à entretenir leur santé mentale
  • on essaye de manger sain pour préserver une certaine hygiène de vie
  • on se lave les mains avant de manger
  • pour conserver l’intégrité physique de nos biens, on ferme la maison à clef avant de sortir

Tous ces gestes constituent un acte d’hygiène qui par définition tend à nous préserver dans notre vie de tous les jours.

Il n’en est pas autrement pour notre vie numérique. Aujourd’hui, tout un pan de notre vie se déroule sur notre écran de smartphone, voire sur nos ordinateur (cela dit, est-ce qu’un smartphone n’est pas finalement un ordinateur qui téléphone). On l’oublie trop souvent, mais quand on se connecte à Internet, on s’expose. C’est-à-dire que le réseau ne fonctionne pas à sens unique : vous vous ouvrez à Internet, Internet s’engouffre en vous.

L’hygiène numérique est composée de plusieurs facettes. Évidemment, je ne critique pas les usages de chacun dans cet article, chacun étant libre d’adopter les gestes d’hygiènes qui lui conviennent. Par exemple, je ne fais pas de yoga ni vraiment attention à ce que je mange (heureusement que ma copine fait des plannings de repas).

La première facette : les logiciels et périphériques que nous utilisons. Il est important de savoir que la plupart du temps, les logiciels que nous utilisons ont été pensés par des entreprises, c’est-à-dire qu’elles doivent avoir un intérêt. Un vieil adage dit “si c’est gratuit, c’est vous le produit”.

Cet adage signifie par exemple que lorsque vous utilisez votre smartphone Android, des données remontent à Google. Lorsque vous utilisez l’espace de stockage gratuit d’Apple Photos, Apple récupère vos photos. Lorsque vous utilisez Google Chrome, des données et statistiques sur votre navigation remontent à Google, qui les revend ensuite à d’autres clients, souvent afin de mieux cibler la publicité commerciale. Il faut savoir que ça peut aussi vous impacter : si vous utilisez Gmail, et que Google tombe (comme c’est arrivé il y a quelques jours), vous n’avez plus accès à vos mails, cela vous causera donc du tort au niveau personnel (voire professionnel).

Note : L’inverse n’est pas forcément vrai : vous pouvez utiliser des logiciels payants, comme une suite Microsoft Office, et Microsoft pourra quand même se réserver le droit d’exploiter certaines données.

Un autre exemple : le moteur de recherche de Google est gratuit à l’utilisation, sans limites. Si vous recherchez “Maquillage” dans Google, il se peut que vous receviez de la pub sur du maquillage soit dans vos mails, soit dans votre prochaine utilisation d’Instagram. C’est à vous de décider ce que vous êtes prêts à accepter, si cela vous importe, vous défrise ou non. Vous pouvez par exemple utiliser un navigateur qui respecte un peu plus votre vie privée, comme Mozilla Firefox, ou des moteurs de recherche plus respectueux.

De la même façon, nous utilisons tous un FAI (Fournisseur d’Accès Internet) pour accéder au Net : Orange, SFR, Free… Ces FAIs ont leurs règles, et peuvent très bien choisir du jour au lendemain de vous interdire l’accès à un site donné sans vous demander votre avis. Sachez que pour pallier à cet aspect, il existe des FAI associatifs qui peuvent vous permettre d’accéder au Net de la même façon mais en étant plus respectueux de vos données et surtout de votre personne. C’est pareil, c’est un choix.

J’aborderais rapidement l’hébergement au sens hosting car cela rejoint finalement le concept de choix d’appartenance de nos données : si vous hébergez un site web ou une application chez AWS, OVH, Google Cloud… Vous devez également choisir à qui vous voulez faire confiance et quel degré de contrôle vous voulez exercer. Vous pouvez par exemple choisir de laisser votre Wordpress chez Wordpress mais vous vous soumettez à leurs règles et leur confiez les données de votre site. Possiblement, si vous souhaitez migrer, vous ne pourrez pas le faire aussi simplement que si vous aviez eu la main de bout en bout. D’un autre côté, vous n’avez pas à vous soucier de l’hébergement et des fonctionnalités intrinsèques. C’est un choix.

Ensuite, il y a ce qu’on envoie sur le Net : des tweets, des posts Instagram, etc. Il faut accepter qu’une fois que c’est posté, ça appartient non seulement à la société mère du réseau social en question, mais c’est également visible du monde entier d’une façon ou d’une autre : vous vous exposez donc. Et vous pouvez choisir de le faire, ce n’est pas mal. Il faut simplement être conscient de ce que ça implique.

Envoyer toute sa vie sur Twitter, Facebook et consort peut vous causer des problèmes dans votre vie personnelle, professionnelle ou sociale, de la même façon que consommer du café toute la journée peut vous causer des problèmes de santé, les deux étants possibles à court ou long terme.

Y prendre garde, en être conscient et essayer de s’en protéger: c’est de l’hygiène.

Donc nous avons jusque-là les produits que nous utilisons et ce que nous envoyons sur Internet.

Pour finir, j’aborderais un sujet qui me pique un peu à chaque fois que je l’entends, ce sont les personnes qui disent nonchalamment :

“Ce n’est pas grave, ça ne me concerne pas, je n’ai rien à cacher. Les gouvernements et entreprises peuvent bien fouiller et exploiter mes données.”

Je ne suis pas d’accord, car cela revient à dire que vous quittez votre maison/appartement en laissant la porte grande ouverte parce que vous n’avez rien à cacher à l’intérieur.

Les gens peuvent donc bien rentrer, regarder vos slips et vos bibelots, utiliser votre machine à café, quel est le problème ? Vous n’avez rien à cacher ?

Cette façon de penser est liberticide et dangereuse. Ce n’est pas tant “est-ce que j’ai quelque chose à cacher” mais plutôt “est-ce que mon intimité m’importe”, finalement. Et protéger son intégrité personnelle et son intimité, n’est-ce pas une forme d’hygiène ?

Pour moi, l’hygiène numérique c’est donc tout cela. J’espère que cet article vous aura aidé à y voir plus clair.

N’hésitez pas à me faire savoir votre avis sur le sujet !